12 juin 2018 - Contes d’eau en Patois du Haut-Beaujolais

Nous vous proposons de découvrir quatre courts contes en patois de Chantal Lagrange… et leur traductions bien sûr, collectés  par l’association VHB,  Vivre en Haut-Beaujolais qui mène un important travail de rapprochement intergénérationnel, lors de rencontres à Propières. UNE HISTOIRE DE MARGUILLIER Din les années disenoucin (1900) rodo enco ste croyance. Yéto convenu qu’à l’orodze […]

Contes en patois

Nous vous proposons de découvrir quatre courts contes en patois de Chantal Lagrange… et leur traductions bien sûr, collectés  par l’association VHB,  Vivre en Haut-Beaujolais qui mène un important travail de rapprochement intergénérationnel, lors de rencontres à Propières.

UNE HISTOIRE DE MARGUILLIER

Din les années disenoucin (1900) rodo enco ste croyance.

Yéto convenu qu’à l’orodze menatsant le Marguillier allo souner le tocsin p’ écarter la grêle des récoltes.  Stu dzeu d’la St Dzan-Baptiste, vlà ti po  qu’le ciel s’assombrit , dzuste  en pianne pranière, y rolono, y peto , y peto, Barbabé le Marguillier, enco to t’endremi, dévala le ruetton, paler souner le tocsin, api stu dzeu rin n’y faillo, o l’avo bo tirer su la trossire y peto toudze, y grélo feu, com de uves d’oyesse , le bié, le sarasan,  les trotchis, yéto to t’agazi, hatzé api to foutu. Le landeman matan, Barnabé,to anissé, sorti du yié d’bonhour pe décindre à l’éyise, le vlè to grommelant devant la statue  du Dzan-Baptiste :

« mais to rin fait hier, matan qu’te dremo, api tè ,t’éto u se , a ban te pou être l’patron de l’éyise, té ban in bon à rin, dze va te faire vè com qui fait tienque nos an le tiu moyé , y vè te rafretsir les idées api te fregonner le sarvio ».

Barnabé alla tiéri l’étselle din l’estanco d’la sacristie pe décrotser le Baptiste,  pi l’envlopa din in tzari api pri le tseuman  d’la revire. Y follo se dépétsé avant la l’vée du dzeu. O l’éto entrin de trimper la statue din lèye quin to prin co, son pille dérapa su la glue d’an piare, sa tête peto su l’ tronc d’in fragne api to éleurdi o l’étsapa le Baptiste , que pri la descinte d’ la revire, y faut dère qu’iavo d’beullion stu dzeu api po un tracion pl’arrêter le Baptiste. Barnabé, to épouri, renféla sé duve siaqueutes api to sinsoillé, repris le grapeillon en vretaillant … « Bonlou, d’bonlou, mais tièque dze vé ban dère u tieuré dieumintse que van, api com to l’monde me prin p’in laleu, dze me métré en dznou pe  li dère qu’le Baptiste é monté u cieu …insaecula saeculorom, api dze li déré msieu l’tieuré possi don le corbeillon à vos té paroissiens pin n’en ratsé in autre que séro p’être pieu efficace. In vitam eternam.                                                                  C.L mars 2016

 

Traduction :

Dans les années 1900, rode encore cette croyance. Il était convenu que lorsque l’orage menaçait,  le Marguillier allait sonner le tocsin pour éloigner la grêle et préserver les récoltes.

Ce jour de la St-Jean-Baptiste, voilà que le ciel s’assombrit, juste au beau milieu de la sieste, roulements de tonnerre, bruits de pétards, Barnabé le Marguillier, encore tout endormi, dévala le petit chemin, pour aller sonner le tocsin, et ce jour-là aucun effet, il avait beau tirer sur la corde, ça tonnait toujours, la grêle était forte, comme des œufs de pies. Le blé, le blé noir, les maïs, tout était bien mouillé, haché et foutu.

Le lendemain matin, Barnabé, très énervé, sauta du lit de bonne heure pour descendre à l’église, le voilà tout grommelant devant la statue du Jean-Baptiste : « mais tu n’as rien fait hier, certainement que tu dormais, et toi tu étais au sec, le patron de l’église, tu es un bon à rien, je vais te montrer comment on est lorsque l’on a le cul mouillé, ça va te rafraichir les idées et t’agiter le cerveau ». Barnabé partit chercher l’échelle dans le débarras de la sacristie pour décrocher le Baptiste, puis l’enveloppa dans la toile de jute qui servait à envelopper le foin, puis il prit la direction de la rivière. Il devait se dépêcher d’agir avant que le jour se lève. Il  trempait la statue dans l’eau de la rivière quand tout à coup, son pied dérapa sur une pierre gluante, sa tête cogna le tronc d’un frêne et complètement sonné Barnabé échappa le Baptiste qui prit la descente de la rivière, il faut dire que ce jour-là la rivière était haute et qu’il n’y avait pas une entrave pour arrêter le Baptiste. Barnabé tout apeuré, renfila ses deux pantoufles détériorées et tout trempé reprit le sentier en zigzaguant… « Bonlou de bonlou que vais-je dire à Mr le Curé dimanche prochain… puis comme tout le monde me prend pour un idiot…. je me mettrai à genoux pour lui dire que le Baptiste est monté au ciel… pour les siècles des siècles…puis je lui dirai, Mr Le Curé, passez donc la corbeille de la quête devant vos paroissiens, pour racheter un Baptiste,  un peu plus efficace…. pour la vie éternelle…

 

À LA COUR DES MIRACLES

Ya in endre su not commune que no surnomme « la Cour des Miracles » ; Y se posse todze tièque tsouze de po ordinare…

Les tsès entarés ressucitin, les fétus de viaux arrevin din le paquis, les cornes d’abreuvoir et les pengueillons de tsèvres sont copés pindin la né, y se dit manme que les sorcis venin avu leur chignole pe faire de trous din les troncs d’arbres p’les faire crever. Api ya enco les ragondins, ces mammifères allangués que se glissent intre les volets et les fneutres p’épier tô ce qui se posse.

Stu dzeu, en fin de sarnée, la Berthe parte u dzardan p’aller tiéri de pastonades api de pores pe fare la sope ; vlà ti po qu’elle aperceve din la ravine an drôle de bestiole que recinbio à an serpente avu duves pattes. La Berthe tote épourie va tiéri le Toine quéto après fare de palessons sur le ban niac.

–« Toine van don vè et ammeune ta peulle, ya an bestiole din la ravine no déro an abionde qu’à inciée, elle vou ban empouisonner l’eille des puits api les fruits des arbres, c’est c’que no diso autrevè nos anciens »

Le Toine arreuve avu sa peulle api porte un grand co su la couve d’la bestiole que se mette à cratser an grousse grenouille.

–« A ban ma Berthe té ban laleute, yéto an couleuvre qu’éto après gnaquer an grenouille, api q’ les pattes ne volin po posser, mon co de peulle ya to’t essarsaillé. Te pou aller faire ta sope »                                                              C.L. Janvier 2018

 

Traduction :

Il y a un lieu sur notre commune qui est surnommé « La Cour des Miracles », il se passe toujours quelque chose de pas ordinaire.

Les chats ressuscitent, les fétus de veaux arrivent dans le pré, les cornes d’abreuvoirs et les appendices (sous le cou des chèvres) sont coupés durant la nuit, il se dit même que les sorciers viennent avec leur chignole pour faire des trous dans les troncs des arbres pour les faire crever. Il y a aussi les ragondins, ces mammifères très curieux qui se glissent entre les fenêtres et les volets pour épier tout ce qui se passe.

Ce jour-là, en fin d’après-midi, la Berthe va au jardin pour aller chercher des carottes et des poireaux pour faire la soupe. Subitement elle aperçoit dans le petit fossé une drôle de bestiole qui ressemblait à un serpent avec deux pattes. La Berthe toute apeurée va chercher le Toine qui était en train de faire des barreaux  d’échelle sur le chevalet.

« Toine vient donc voir et apporte ta pelle, il y a une drôle de bestiole dans le petit fossé on dirait une salamandre qui a gonflé, elle va empoisonner l’eau des puits et les fruits des arbres, c’est ce que disaient autrefois nos Anciens »

Le Toine arrive avec sa pelle et porte un grand coup sur la queue de la bestiole qui se met à cracher une grosse grenouille.

«  Hé bien ma Berthe, tu es bien idiote, c’est une couleuvre qui était en train de manger une grenouille et les pattes ne voulaient pas passer, mon coup de pelle a tout envoyé ailleurs. Tu peux aller faire ta soupe ».

 

LE BAL DES LAPINS A CHENEVIERE

Le Piarre, le Marcel  api le Jean, très gamans de Villefranche étaint en vacances  en ODZOU  vle  Touane et la Victorine.

Yéto le tianz’ août (15 août)

Stu matan, L’Toine avo euvri la montée d’escali  in heurlin : « vo ne voli donc po vo lever stu matan, chtis mindrans, po aller à la meusse ,  yé le tianze août »   « faut’ y aller tiéri le Tieuré »

Noté  très gaillemofris décindirent l’escali en corant, sautin su leur bol de lait  sin si faire dère  api prire le tseuman pe Sant-Egny.

Arrevés à TCHENEVIRE( CHENEVIERE), y voyant l’Alfred que gardo ses tsèvres  û fond du sagnier, o l’éto  sté  dri délai, so le cognassi,    y  s’ dépétsan de lorgner ple carreau de la tieuzène, pe vê si  la Génie éto  enco  pri-tieu. Mais non, il ni avo que le lô(lard) que pindo du piafond  api que gotto su le poêle à beu. La Génie éto dédzè partie p’la grand-meusse.

L’Piarre, L’Marcel  api le d’zean vayant les cabanes à lapans, décidèrent de to t’y mélindzer.

Les lapans y les prenin p’les orés, in les cinyin dri-davé, dri-délè, autan vo dère  qui quigno qui quigno.   Leur mauvais cô tarminé y partinrent  pl’éyse…. en corant, en boffant …yavo longtin que la meusse éto commintsée. Il faut dère  qu’à stu momin no zin apreno ban meu  dri les suisons que vle Tieuré. La tête leur travaillo mais ils se couisirent.

U bo de très mês , not’Génie, un pani d’harbe so le brê, aviso ses lapans, tôt d’un cô, elle étsapa le pani  api se mit à crouptons  pe mieux vê, api cria l’Alfred :

« Alfred, van don vê…mes lapans se métin à déborrer, sûr que vont faire de chtits, à l’entrée d’l’hivê, mais tieu que no van ban leur donner à mindzer…j’les avo pretin bin triés et y me simbieu qui va yavê dix nitchés »

«  mais te torne du tsapio ma pour Génie (répondit l’Alfred) « si t’avo po été leur tiéri d’eil de San Rigo, no n’en sero po itieu »

 

Traduction :

À SAINT-RIGAUD source féconde.

Le Pierre, le Marcel et le Jean, trois enfants de Villefranche étaient en vacances en Ajoux , chez le Toine et la Victorine. C’était le 15 août et ce matin-là le Toine avait ouvert la porte de la montée d’escalier en criant « vous ne voulez donc pas vous lever ce matin, petits gredins, pour aller à la messe, c’est le 15 août, ou bien faut-il aller chercher le Curé ? ».

Les trois garnements descendent l’escalier en courant, boivent leur bol de lait sans un mot, et prennent le chemin pour Saint-Igny. Arrivés à Chenevière, ils aperçoivent l’Alfred qui garde ses chèvres là-bas au fond de l’enclos, assis sous le cognassier. Ils se dépêchent de lorgner par la vitre de la cuisine, pour voir si la Génie était encore ici, mais non, il n’y avait que le lard qui pendait du plafond  et qui égouttait sur le poêle à bois. La Génie était déjà partie pour la grand-messe.

Le Pierre, le Marcel et le Jean, en apercevant les lapins dans les cabanes, décident de les mélanger. Les prenant par les oreilles ils les envoyaient de-ci, de-là, il faut vous dire que ça couinait, ça couinait. Leur méfait terminé ils reprennent le chemin pour l’église… en courant, en soufflant… la messe était commencée depuis longtemps. Il faut dire qu’à cette époque on apprenait plus de choses derrière les haies que chez le Curé. Tout cela leur tournait dans la tête mais ils n’en parlaient pas.

Trois mois plus tard, notre Génie, un panier d’herbe sous le bras, regarde ses lapins, tout d’un coup elle échappe le panier et se met à genoux pour mieux les observer, puis elle appelle l’Alfred : « Alfred vient donc voir…mes lapins se mettent à faire de la bourre, c’est certain, ils vont  faire des petits, mais à l’entrée de l’hiver que pourrons nous leur donner à manger!… je les avais pourtant bien triés et il me semble qu’il y a dix nichées ».

« Mais tu tournes du chapeau ma pauvre Génie » dit l’Alfred «  si tu ne leur avais pas donné de l’eau de St-Rigaud nous ne serions pas dans cette situation ».

 

UN PUITS VOUE A L’OUBLI

Yéto à la fan du mê d’oût, les cosans api les cosines ,issus de dzarman, allin se séparer pe repreindre leur  tiesses, les uns étant d’itieu, les autres de ban pe loan  dri les montagnes.

Ce dri dzeu, de garde de tsèvres, nos gorgandines api nos gaillemofris, qu’avo po cintiente ins à eu cinq, entreprirent de groper les tropios de tsèvres.

Dans les masons pressone n’éto d’acceu   « les tsèvres ne mindzin rin, api se battin, mé sté gamans n’accotin rin »

Bâton dans la main, besace ple goûter, les  pilles din de sandalles san adze que donno de déminzézons, les gamans prirent le tcheuman des « CREVELONS »

Les « CREVELONS » éyto un bel andre pe vivre dans le possé et pe réver d’adjordi, un ancien dzardan reconverti en pré où que trôno t’ enco  deux vieux pomis avatsis dont les brintses s’entremélin  pe former de bonnes assises  plé gamans que volin monter dedin.    Din nin coan, un tas de piarres motchurées, s’agromo à la suison  épi sinto enco la femi  tienque  le solé donno à pian.

….nos   gallemofris  copiain  de brintses de fragne qu’ils pindo so les pomis pe attirer le cheptel , api tien que les tchèvres étant bien accaillées, de la seme des pomis  y tombo su le deu des tsèvres…Yéto po gagné à to les côs, y redzipio, y bello  y coro de preto . Pindin stu tin, ils avos predzu La CORNADE, une vieille tsèvre bien encornée, peut-être était-elle rentrée à l’étrabieu….

Tien que le solé se cutso to le monde rentro  u  hameau, mais la CORNADE n’éto po rintrée….api les gamans ne savant que dère….Yalo tchaffer dans les masons…  talotse plé un, co de tsapio plé autres, yallo  gagnouler et finir din nin coan.

La née arvant, tièques hommes prirent le tseuman des CREVELONS peu essayer de trover la CORNADE, que braillo au fond du puits , so le tas de piarres, elle n’éto po belle à vê…api le pire éto que pressonne ne connaisso  stu puits….bien bo que les gamans ne sont po tomber dedin…

« to secret est un miraqyeu »    et din nin dri heurlement la CORNADE simbio dère

« parlez de mê tièques foês, que je ne saille ni trop connu, ni trop oubliée »

Api le puits fut combié.

 

Traduction :

Nous étions à la fin du mois d’août les cousins germains allaient se séparer pour retourner en classe (à l’école), les uns habitaient le hameau, les autres bien plus loin derrière les montagnes.

Ce dernier jour, à la garde des chèvres, les filles et les garçons un peu délurés qui n’avaient pas cinquante ans à eux cinq, décidaient de regrouper les troupeaux de chèvres. Dans les maisons du hameau, personne n’était d’accord, parce que les chèvres ne mangeaient pas, elles passaient leur temps à se battre. Mais les gamins n’écoutaient rien. Bâton en main, collation dans la besace, les pieds dans des sandales sans âge qui donnaient des démangeaisons, les gamins prenaient le chemin pour aller au lieu-dit « Les Crevelons ».

« Les Crevelons » c’était un bel endroit pour vivre dans le passé et pour rêver d’aujourd’hui, un ancien jardin reconverti en pré où il y avait encore deux vieux pommiers affaissés et dont les branches s’entremêlaient pour former de bonnes assises pour les gamins. Dans un coin, un tas de pierres noircies touchaient la haie, elles sentaient encore la fumée lorsque le soleil plombait.

Les garnements coupaient des branches de frêne qu’ils accrochaient aux branches des pommiers pour attirer les chèvres et lorsque les chèvres mangeaient tranquillement, les garnements, du sommet des pommiers leur sautaient sur le dos. Ce n’était pas gagné toutes les fois, les chèvres partaient en bêlant dans toutes les directions. Pendant ces gesticulations, la Cornade, une vieille chèvre bien encornée, avait disparu, peut-être était-elle rentrée seule à l’étable !

Quand le soleil commençait à descendre, les enfants ramenaient les troupeaux au hameau, mais la Cornade n’était pas rentrée et les enfants restaient muets, atmosphère pesante dans les maisons : une gifle pour les uns, un coup de chapeau pour les autres, pour finir en pleurs dans un coin.

À la tombée de la nuit, quelques hommes du village prenaient le chemin des Crevelons pour retrouver la Cornade. Elle hurlait au fond d’un puits, bien amochée, sous le tas de pierres noircies. Le pire de l’histoire : personne n’avait eu connaissance de ce puits et les garnements auraient bien pu tomber dedans, mais tout secret est un miracle. Dans un dernier gémissement la Cornade semblait dire « parlez de moi quelques fois, que je ne sois ni trop connue, ni trop oubliée ». Puis le puits fut comblé.

 

Pour finir : un peu de vocabulaire !