15 juillet 2018 - Dictionnaire amoureux du haut beaujolais de l’eau : Poule – Les Echarmeaux

La Caravane de l’eau, 1er chapitre du projet Ça coule de source, a sillonné le Haut-Beaujolais, de Beaujeu à Jullié, en passant par Poule – Les Echarmeaux Propières, Saint-Bonnet-des-Bruyères et Monsols, entre le 17 et le 29 juin 2018. A la fois résidence itinérante pour 3 artistes – le guitariste et compositeur Bruno-Michel Abati, l’écrivain Jean-Yves Loude et le réalisateur Philippe Prudent – et […]

Dictionnaire de Jean-Yves Loude : Poule - Les Echarmeaux

La Caravane de l’eau, 1er chapitre du projet Ça coule de source, a sillonné le Haut-Beaujolais, de Beaujeu à Jullié, en passant par Poule – Les Echarmeaux Propières, Saint-Bonnet-des-Bruyères et Monsols, entre le 17 et le 29 juin 2018.

A la fois résidence itinérante pour 3 artistes – le guitariste et compositeur Bruno-Michel Abati, l’écrivain Jean-Yves Loude et le réalisateur Philippe Prudent – et mini festival pluridisciplinaire, la Caravane de l’eau a commencé à laisser des traces, avec des œuvres d’art pérennes dans chaque commune.  Il y aura ensuite en 2019 la restitution du travail des artistes.

Jean-Yves Loude, aussi, a décidé de construire à partir des témoignages  recueillis un Dictionnaire amoureux du haut beaujolais de l’eau

Il comprendra, comme tout dictionnaire, des définitions présentées par ordre alphabétique. Sa particularité : avoir comme tête de chapitre les noms des communes. A noter que si ce dictionnaire en ligne est initié par Jean-Yves Loude, il  a vocation à être en permanence enrichi !


A

APPELLATION

Certains veulent entendre le prénom Paula et remonter à l’époque romaine pour expliquer le nom de la commune. Associer à l’origine « charme » pour les Écharmeaux, cela peut donner une belle allusion aux « charmes de Paula ». Mais de sérieux linguistes préfèrent l’origine celtique du marécage pol– (en breton poul) qui aurait donné tous les Pouilly répertoriés ainsi que notre POULE. Pool, en anglais, mare. Avec cette origine, nous touchons l’eau à nouveau. Ce qui semble logique compte tenu de l’abondance de l’eau ruisselante, de zones humides qui marquent le territoire de Poule-les-Écharmeaux : « Étang-les-Charmes ».

cf Anne-Marie Vurpas & Claude Michel, « Noms de lieux de la Loire et du Rhône – éd. Bonneton 1997

AZERGUES

Les préfixes As-, Ans- annoncent l’eau. Ansa- suppose un méandre. Le joli nom d’Azergues fait office de contrat de mariage entre la ruisselle Aze et le ruisseau Ergues, nés du massif Saint-Rigaud et de la fière Roche d’Ajoux. Cette rivière a été chantée par Marie Glenard, native de Chessy, professeure de musique et organiste. Son poème longe le parcours de l’eau. Un passage concerne Poule :

« Dans les sapins, tout près de Poule,
Elle essaye ses premiers pas.
C’est un mince filet qui coule.
Dont le glouglou s’entend tout bas.
Mais elle prend très belle mine
En absorbant sur son parcours
Tous les torrents de la colline
Tous les ruisseaux des alentours »

E

ÉTANG

Dis, monsieur, dessine-moi un étang ! Et l’étang redessinera le paysage. A Poule-les-Écharmeaux, le souhait était relativement facile à réaliser. Paysage a toujours rimé avec marécages (même si, dit-on, ils se sont « enfoncés » au temps de la construction du tunnel ferroviaire entre Poule et Belleroche). Alors, à la fin des années 1960, on choisit un pré tout près du centre bourg. La rivière le traversait. On le fauchait. Mais, déjà, on avait le souci de l’eau. On ne sait jamais. Une réserve pourrait être bien utile pour les agriculteurs et les pompiers. Tout en se disant qu’une grande participation de l’eau (1 hectare 300) ferait merveille au cœur de l’orchestre symphonique de Poule, composé de chênes, de merisiers, de hêtres, de charmilles, de sapins, d’épicés, et renforcé par le chœur des douglas. Autrefois, les scieries modifiaient la partition de cette symphonie pastorale. Elles étaient 22. Il n’en reste qu’une seule aujourd’hui. Jadis quatre scieries bénéficiaient de la force de l’eau, de biefs, de roues. Les scieurs étaient paysans. Ils sciaient après les foins. Ils fournissaient les artisans en bois de charpente.

En 1971, la réserve d’eau commença à miroiter sous le ciel de Poule. La rivière Az l’alimentait. Elle traversait l’étang. Ce qui n’était pas idéal pour le confort des poissons. Il fut alors décidé de détourner la rivière. Un travail considérable à l’échelle de la commune. Mais, comme le pré initial disposait de sept sources, l’étang ne manquait pas de ressource. La Fédération de Pêche approuva l’idée de peupler le plan d’eau en truites, chabots, goujons, gardons, avec, en plus, deux ou trois brochets… Mais, ce droit au plaisir de lancer sa canne dans un pareil écrin de verdure n’était pas sans risque. En cas d’incendie sérieux, les pompiers avaient la priorité et pouvaient le vider. En cas de sécheresse brutale (de dérèglement climatique), les paysans pouvaient puiser et l’épuiser. Tout ça n’est jamais arrivé. Pas encore. Fort heureusement. Les cannes à pêche picorent les profondeurs du joli laquet (petit lac en occitan), les pêcheurs trônent comme des rois sur leurs tabourets pliants, les mariés se jurent fidélité en piétinant les pelouses, les marcheurs rejouent le déjeuner sur l’herbe. Et Michel Patay, le responsable de la propreté de ses eaux, soulève sa casquette en signe de fierté.

F

FAYETTE(S)

Source des Fayolles à Quincié-en-Beaujolais, vallée de Chèrves. Une source avec, jadis, des hêtres et des fayettes, comme son nom l’indique. Aujourd’hui le site a été aménagé à la manière  du Beaujolais viticole. L’eau de cette source coule effectivement sans interruption, mais elle se déguste avec des verres à pied, gracieusement mis à la disposition des promeneurs. La clairière, une ancienne carrière, est devenue aire de détente, entourée de foudres et de tonneaux. L’un d’eux a été décoré avec un avertissement lancé à tout buveur excessif d’eau de source en Bas-Beaujolais, qu’on ramène dans une brouette : “Hé ! Ton Eugène a glissé sur un bouchon de limonade !”

Ce mot « Fayette » est à rapprocher de « fayard », fau, hêtre, qui lui même dériverait de fagetu (fagu-), lieu planté de hêtres. Un grand nombre de noms de lieux provient de la présence jadis attestée de hêtres : le Faux, Le Fay, Fayol, Lafay…

Mais par le mot Fayette, en Beaujolais, on désigne « les fées ».

Curieux rapprochement.

Imaginez un chemin qui grimpe depuis Poule-les-Écharmeaux, sous un tunnel végétal, pour atteindre la zone humide qui se répand en dessous du col des Écharmeaux. Anne Fimbel, guide de pays, mène les enquêteurs, dirige leurs pas et surtout leur regard. Une guide de pays fait voir ce qui reste invisible au néophyte.

Le sentier se nomme « le chemin du lit des rivières ». L’eau profite de sa pente pour couler et chanter. Elle ruisselle. Nous sommes sous la Roche d’Ajoux, véritable château d’eau, communément désignée aussi comme « Table des fées ».

Encore une connivence.

Nous sommes dans un espace où les esprits invisibles du monde surnaturel se sentaient autrefois à leur aise. En témoigne encore le bois des Fayet, ancienne hêtreraie, aujourd’hui plantée de douglas, mais dont le nom garde la mémoire de la forêt primitive.

Qu’est-ce qui rapproche donc hêtres et fées ?

Sans doute, l’élégance de l’arbre et le désir de beauté des fées. Tous deux, le hêtre et la fée ont besoin d’eau et de discrétion. Le fayard réclame beaucoup d’eau pour pousser ; les fées, volontiers coquettes, aiment à se baigner, à préserver leur pureté.

Bref, la présence de l’eau, la noblesse de hêtres et la saillie de rochers sont trois éléments propices à la présence d’une communauté de fées.

Il se trouve qu’au beau milieu du chemin du lit des rivières, murmure une source. C’est là, précisément, qu’Anne Fimbel s’arrête pour offrir une histoire à son auditoire. Elle dit que la légende qui va suivre a été trouvée dans un journal datant de 1906. La date est importante. Un soir, un berger à la recherche de son troupeau en vue de le rassembler, passa près d’une source.

Ce pourrait être celle-ci, surgissant en dessous la Roche d’Ajoux, précise Anne.

L’eau qui coulait semblait adresser un message au berger. Il s’approcha. Á sa grande stupeur, il surprit une réunion de petites fayettes, alignées comme des hirondelles sur un fil. Inquiet, le berger leur dit : « Mais, que faites-vous là ? Vous semblez être sur le point de partir. Vous n’allez pas nous quitter ? ». Hélas, les jeunes fées confirmèrent leur intention de départ : « Oui, nous allons partir. Nous ne reviendrons que lorsque le houx de la Montagne d’Ajoux défeuillera… » Á ces mots, le berger comprit que les fées ne reviendraient pas. Le houx, plante éternellement verte, même en hiver, ne défeuille jamais. Autant dire : « Nous reviendrons quand les poules auront des dents ». On ne reverra plus jamais les fées, pensa le berger.

Et de fait, elles disparurent de notre quotidien.

L’histoire est triste et jolie. Elle annonce la fin d’une époque.

Généralement les fées punissaient les humains qui leur manquaient de respect, qui cherchaient à percer leur intimité, à violer leur retraite. Elles avaient alors les intempéries pour armes répressives. Elles pouvaient déclencher la pluie violente, la grêle, la tempête, des éboulis… Il ne semble pas, toutefois, dans cette légende, que les fayettes soient en colère et expriment au berger une volonté de vengeance. On dirait plutôt que le tournant du siècle, du XIXe au XXe, industriel, mécanisé, polluant, tonitruant, signait la fin de l’ère poétique des croyances enclavées et d’un rapport humble de l’Homme à la Nature. Les fées en auraient pris conscience. La partie était perdue. Les humains ne respecteraient plus leur environnement ; le mal était semé pour longtemps. Alors les fées s’éloignèrent, elles tirèrent leur révérence. Le jeune berger fut leur messager. Si jamais il restait des êtres capables de comprendre le message…

Dans le carnet de voyage romancé d’une matelassière nomade, partie de Villefranche pour chercher fortune dans le Haut-Beaujolais, au début du XXe siècle, j’ai trouvé une description précise des fées. Une peinture hyper réaliste qui mérite d’être imprimée :

« Les fayettes étaient de très belles fées qui semblaient voltiger dans leur longue robe de mousseline blanche, rose ou bleue, retenue à la taille par une large ceinture dorée, dont chaque mouvement décrit par leur corps juvénile faisait miroiter mille feux. Leurs longues robes à traîne cachaient en entier leurs jambes. En avaient-elles seulement ? En tout cas, elles restaient invisibles sous la mousseline soyeuse. Leurs robes cachaient également les bras qui semblaient être devenus des ailes.  Sur leurs têtes d’anges, aux beaux cheveux ondulés qui émergeaient d’un col de mousseline et de dentelle, était posé un diadème de joyaux. Elles dansaient sur la verte pelouse et dans les allées de superbes géants des forêts (sans doute des hêtres). Toute une nuée de colombes se posaient sur leurs têtes, leurs épaules, leurs mains dont les doigts diaphanes étaient surchargés de brillants… »

(La Matelassière » par Marie des Bruyères, édition d’auteur, 1986).

Cependant, dans le même petit livre précieux, on retrouve des fayettes en colère, selon le schéma classique des contes de fées. Une histoire édifiante de manque de respect. Les fées, en l’occurrence nommées « ondines », expriment leur courroux à la population d’Ouroux qui se serait montrée irrévérencieuse. Voici l’affaire qui touche encore une fois le massif de la Roche d’Ajoux et du Mont Saint-Rigaud, le château d’eau où il est normal de retrouver des ondines.

On apprend, avec cette histoire, que l’eau, descendant de la montagne d’Avenas, emporta un village tout entier, et son château seigneurial avec. Il se trouvait, en effet, près des sommets, une source appelée la Fontaine de la Vierge, mais que l’usage nommait aussi « Fontaine des fées » (le culte de la première ayant supplanté celui des voué aux secondes). La légende veut que, là-haut, dans les bois retirés, près d’un lac (tous les éléments sont réunis), couraient, dansaient, batifolaient les jolies personnes surnaturelles. Les ondines se baignaient la nuit dans les eaux du lac. Le jour, elles profitaient des protections impénétrables des bois pour errer en paix. Autant les gens d’Avenas (d’en haut) les respectaient, autant ceux d’Ouroux (d’en bas) étalaient leur incrédulité. Ces derniers promirent d’en capturer quelques unes pour tirer l’affaire au clair. Une nuit, ils montèrent vers les sommets dans l’espoir de surprendre les fées. Ils n’en virent aucune car les êtres surnaturels, pudiques, savent se rendre invisibles. En revanche, les ondines décidèrent de manifester leur fureur. Les eaux du lac où les fées se baignaient quand elles furent dérangées, se mirent à bouillir si fort que les barrages ne purent retenir la force du courant. L’eau rageuse emporta tout, demeures et gens. Le souvenir de ce cataclysme, que l’on attribuerait aujourd’hui à un dérèglement climatique, reste attaché à la vengeance d’esprits de la nature contre des humains insolents. Peut-être cela s’est-il passé à l’époque gallo-romaine ? Allez savoir !

Anne Fimbel affirme que les êtres sensibles parviennent encore à capter la présence de ces êtres indispensables à nos rêves et à notre confort intérieur. Des énergéticiennes savent reprendre contact avec elles. Mais sommes-nous assez civilisés pour mériter leurs conseils ?

 

I

ÎLE (AUX CHARMES)

Une île est apparue sur l’étang de Poule, un beau matin de juin 2018, le mercredi 20 exactement. Les pêcheurs l’ont trouvée. Personne n’a su expliquer ce prodige. C’était une petite île hérissée de mousses et de quelques joncs, de la taille d’une bouée de géants. Pas de trace de vie. Car, en fait, il s’agit d’une île en devenir.

À Poule-les Écharmeaux, sur l’étang artificiel, a été inaugurée la seconde œuvre pérenne du circuit des Arts en Haut-Beaujolais, conçue par le plasticien Bruno Rosier et réalisée en impliquant les élèves de l’école du village. Bruno Rosier est un artiste qui aime les géographies imaginaires, les cartes, les palimpsestes, les mappemondes, les manuscrits secrets qui racontent la complexité du monde. Cette année 2018, il a ancré l’île. Elle apparaît à un stade sauvage et primitif de son histoire. Les élèves de CM2 de la future année scolaire en continueront la légende et, en fonction de leur imagination, l’île va s’éclairer, se peupler, devenir refuge ou capitale d’un peuple de lilliputiens. Elle risque de croître d’année en année. L’extension de son histoire participera à l’œuvre pérenne. Elle va pousser comme un « cadavre exquis ». Peut-être la nommera-t-on « l’île exquise » ? Ou « île perchoir », car les locataires palmipèdes de l’étang risquent fort de l’apprivoiser.  Pour le moment, son nom de code reste « L’île aux charmes ». A suivre…

 

J

JONCS  (DU FUTUR)

Jardin de purification des eaux – le miracle des joncs

Commune de Poule-les-Écharmeaux. Nous visitons le jardin privé d’Anne et Bertrand Fimbel. On dévoile leurs noms. D’autres que nous pourraient profiter de la même expérience privilégiée. Qu’a-t-il de particulier ce jardin en pente, assez vaste, arboré, joliment paysagé ? Ses propriétaires y ont tout simplement installé, en son beau milieu, une station d’épuration pour toutes les eaux usées de la maison. Toutes : vaisselle, toilette, WC,  lessive… Ah bon ! Ce n’est pas spécialement nouveau. Un nombre croissant de communes rurales, soucieuses d’environnement, ont fait l’option d’une zone d’épuration végétale. C’est vrai. Mais, très peu de particuliers ont conduit la même réflexion, ont reproduit semblable calcul. Pourquoi ?

D’abord, parce que tout le monde ne dispose pas d’un terrain en pente et suffisamment grand.  Cela s’entend, mais ne suffit pas expliquer le faible engouement privé pour les bassins de joncs d’épuration. Crainte des odeurs ? Non, aucune nuisance olfactive n’est à craindre, mais vraiment aucune. Il suffit de longer un parc d’assainissement public pour déjà le constater. L’esthétique ? Sans exagération, l’aménagement d’Anne et Bertrand Fimbel ajoute une touche aquatique, harmonieuse fluide à l’ensemble du jardin : un premier bassin élégant constitué de joncs, de roseaux repérés comme très efficaces pour la filtration, puis, quelques mètres plus bas, un second bassin, floral, de décantation où la filtration se fait à travers des plantes aquatiques, linaigrettes,  iris des marais… toutes à rhizomes actifs qui vont s’étirer dans l’eau. Les qualités décoratives du site sont concluantes. Reste le coût de l’affaire ? Là aussi, l’argument financier de l’opération ne résiste pas à la comparaison. Le budget d’installation d’une fosse sceptique traditionnelle et celui de l’aménagement de deux bassins d’épuration végétal sont quasiment égaux. Avec un avantage au second : pas de curage en prévision de la fosse, pas de produit chimique à ajouter. Avec un gros atout écologique du second également : un filet d’eau claire sort du circuit, après passage dans les deux bassins filtrants ; elle part rejoindre l’Azergues, en l’occurrence, puis la Méditerranée. Et un avantage supplémentaire encore : la possibilité de récupérer du compost périodiquement, grâce aux matières décomposées par les roseaux.

Alors, pourquoi une telle résistance à cette alternative pionnière à la fosse, qui paraît une solution d’avenir, esthétique, pratique, économique ?

La réponse tient en un mot : l’habitude.

La sensibilité écologique a plus de mal à remonter jusqu’aux consciences rurales. On a toujours fait des fosses, on continue à faire des fosses, même si, c’est vrai, elles consomment de la chimie.

Ah, un argument peut-être : les moustiques ?

Même pas ! L’eau circule à cinq centimètres sous un tapis de graviers, que les racines des plantes pénètrent pour se ramifier en toute fluidité.

« On travaille pour l’avenir, ça va dans le bon sens », estiment Anne et Bertrand Fimbel qui constatent que très peu de curieux sont venus frapper à leur porte pour s’inspirer de cette expérience.

On peut même imaginer adapter ce modèle en ville, sur les pentes de la Croix-Rousse par exemple, dans les espaces de la Grande Côte, libérés par la destruction des maisons ouvrières du temps de Louis Pradel, le grand massacreur de Lyon.

 

M

MOLETTE, JEAN : HÉROS ? HÉRAULT ? OU HÉR-EAU ?

Le jeu de mot ne sert qu’à justifier un caprice de l’enquêteur dont l’attention fut attirée, voire agrippée par une statue de Napoléon, le bicorne ruisselant de pluie, planté en faction comme un agent de la circulation au beau milieu du rond-point du col des Écharmeaux. Que signifie, en Haut-Beaujolais, cet hommage à l’empereur, entouré d’une garde rapprochée de douglas, plus fidèles que ses ultimes grognards ? Serait-il vraiment passé par cette route, de retour de l’île d’Elbe, remontant acclamé vers Paris ? Qui a sculpté cette effigie un tantinet naïve du grand petit Corse ? L’enquêteur s’entend répondre : Hors sujet ! Qu’à cela ne tienne : Napoléon, au col des Écharmeaux lui sera source d’inspiration. À la mairie de Poules, il trouve réponse à son interrogation sur l’identité du sculpteur. Un livret de 1969 le renseigne sur Jean Molette, artiste autodidacte, responsable de cette représentation en pied de l’empereur, en redingote, la main gauche glissée sous le gilet, comme à son habitude. Jean Molette, sabotier, est rangé depuis longtemps dans la vaste catégorie un peu floue des créateurs d’Art Brut, englobant Naïfs, Populaires et Singuliers…

Le rideau est déjà tombé sur l’épopée napoléonienne quand Jean Molette naît en 1819 à Chênelette. Au cours de sa vie, le futur sculpteur ne parcourra guère plus que les cinq kilomètres qui séparent son lieu de naissance à celui de sa mort, les Écharmeaux, le col, là où son père basa son activité de sabotier. Jean apprendra le métier, se forcera à lire et à écrire, remplira des registres de compte fort bien tenus, ses « livres aux sabots ». Marchands et fabricants, il connaîtra une forme de prospérité, emploiera jusqu’à cinq ouvriers à la fois. C’est cet homme entreprenant qui décide, sur un coup de sang ou de tête, de célébrer l’avènement de Napoléon III, en 1851, largement plébiscité en ces zones rurales. Molette le fougueux veut, en fait, concurrencer la ville de Lyon qui entend ériger une statue à l’Ogre Ier du nom. Rien que ça ! Alors, il prend ses ciseaux d’artistes, prélève des heures de loisirs à la gestion des affaires, et passe dix ans de sa vie à réaliser le Napoléon du Col des Écharmeaux, son chef d’œuvre.

Il en sera récompensé par l’Empereur, neveu du premier, troisième du nom, qui lui octroie un bureau de tabac au Col des Sauvages. Cadeau empoisonné qui ne plaît pas du tout au bénéficiaire, s’attendant à une gratitude en argent trébuchant. En effet, pourquoi quitter une bonne activité située sur un col bien protégé pour un travail de cabaretier sis sur un autre col, « sauvage » et mal réputé ? Molette mettra son « cadeau » en gérance et poursuivra ses activités commerciales d’exploitant forestier et de marchand de groles. Tout en continuant à creuser la pierre à coups de ciseaux inspirés pour le bénéfice d’une postérité frappée, elle, par l’inattention et l’amnésie. Molette nous laissera une grande croix dédiée aux quatre évangélistes et aux conséquences du péché originel. Elle est datée du 17 juin 1858, bénie et remarquée pour la qualité « romane » de ses figures humaines et animales. Malheureusement, un orage l’abattit en 1967 et elle ne fut pas relevée. L’oubli et ses intempéries, fléau souvent fatal aux œuvres d’Art Brut, mettront pareillement à mal sa madone du Mont-Joli (portrait, dit-on d’une femme aimée), son Napoléon III et son propre buste, son autoportrait. Le fascicule qui le célèbre le décrit ainsi : « L’homme est représenté, avec un front bas, sillonné non seulement de rides horizontales dues à l’âge, mais aussi verticales, entre les sourcils, affirmation d’un caractère énergique… Les yeux sont grands, marqués à leur tour de pattes d’oie redoutables, le nez bien dessiné, malheureusement brisé. Une moustache et une barbe dessinée avec soin complètent le personnage, qui ne manque pas d’allure, à la fois rustique et noble, marqué par le terroir et les décades passées là, mais affirmant aussi, de par son attitude, qu’il est différent ».

Un prédécesseur beaujolais du Facteur Cheval dont la renommée décrut au fur et à mesure que celle de son homologue drômois croissait. Avis aux amateurs : il reste encore quelques exemplaires du livret de Paul Leutrat à la Mairie de Poules-les-Écharmeaux. Cela vaut la peine de s’y précipiter pour les photos vieillies d’œuvres déjà disparues.

Jean Molette est également référencé et honoré dans l’exhaustif inventaire des « environnements spontanés » de Bruno Montpied : « Le Gazouillis des Éléphants » (édition du Sandre).

MOULIN DE LA CHAVANNE

Si le mot « chavanne » vient du bas-latin capanna, « cabane », l’ensemble des hauts bâtiments qui constituent le hameau de la Chavanne, à proximité de la gare de Poule, ne correspond plus à la définition primitive. Pour le rejoindre, il suffit de passer un petit pont qui enjambe l’Ergue, encore ruisseau modeste avant de recevoir les eaux de l’Aze au lieu-dit les Graviers, en amont de Lamure, et de devenir l’adulte rivière Azergues et de creuser la vallée qui porte son nom.

Le pont traversé, on est accueilli par un jeune couple et son grand rêve.

Céline et Damien Cellier cherchaient un point d’ancrage en pleine nature pour y élever joyeusement des enfants et ouvrir des chambres d’hôtes. Ils visitèrent ce site qui offrait toutes les conditions pour réaliser leur projet. Et plus encore. Car la maison convoitée était en fait un moulin à farine. Le fait n’est pas rare. On trouve encore de vieux moulins à habiter. Mais là, Céline et Damien tombèrent des nues. Le moulin était en parfait état de marche. Son activité ayant cessé tardivement, en 1974, la réserve d’eau, l’écluse, le bief, la roue, les engrenages, tout était en place pour fonctionner à nouveau. Action ! Le rêve de Céline et Damien se mit à tourner plus vite. Les Cellier ne souhaitent pas devenir meuniers, mais animateurs de patrimoine vivant. Aujourd’hui, quand Damien ouvre l’écluse, remplit le bief, libère la roue, l’édifice s’emplit du magnifique bruit des rouages. Le visiteur comprend dans la seconde la différence entre un moulin musée et un espace vibrant, vivant, pédagogique, tourné vers le futur. Car le moulin de la Chavanne, certes permet d’expliquer un métier du passé, mais il montre l’évidence de tout ce qu’on réalisait jadis gratuitement avec la force motrice renouvelable de l’eau. L’instant où le modeste flux d’eau emplit tous les godets de la roue et que celle-ci se met en mouvement reste magique : un spectacle tout public adressé aux consciences. Il y a en effet urgence à réhabiliter les ultimes moulins qui pourraient encore produire, pourquoi pas de l’électricité, comme en Allemagne, avec une ressource d’énergie perpétuelle, non polluante, exemplaire.

Céline et Damien dépensent une douce et constante énergie à tout réaménager, réhabiliter, pour être prêt à offrir cette « pépite » à tous les esprits curieux, avides de solutions sages pour l’avenir. Ils veulent remettre « à jour » le bief d’arrivée qui fut enterré, prévoir une salle d’accueil et d’exposition historique. Ils attendent autorisation d’ouverture et reconnaissance patrimoniale de la qualité de leur inestimable trouvaille qu’ils souhaitent généreusement partager avec le plus grand nombre.

P

PRIVILEGE

Avec André Béroujon, pour parvenir au sujet de l’eau, la conversation suivra de complaisants détours, voire des méandres. La première eau que nous évoquons est celle du Niger, de sa source dans le massif du Fouta Djalon en Guinée Conakry, et de son cours alangui quand le roi fleuve passe sous les trois ponts de Bamako, au Mali. J’ai affaire à un connaisseur des lieux. André Béroujon parle vite, avec verve et humour. Il se trouve que ce « Poulon », conçu à Poule, mais né dans l’ambulance sur la route de la maternité de Chauffailles, a passé trois ans au Mali, sur la terre des anciens et glorieux empereurs du Mandingue. Agent recruteur de volontaires africains pour gonfler les rangs de l’armée française, en ces temps coloniaux, il eut le temps, entre 1958 et 1960, d’apprendre la langue bambara, ce qui lui permit de se débrouiller seul au marché. Il dit qu’il sait encore compter en bambara et se souvient que le vieux pont de Bamako mesurait 862 mètres. Et que sa fiancée africaine, à cette époque où se pratiquaient des « mariages en CDD »,  s’appelait Fanta. Fanta, membre de la grande famille des Coulibaly.

Il a bien fallu revenir à l’eau de Poule, non sans avoir rapproché la langue des Peuls, éleveurs nomades parcourant le Mali, le Pular (prononcez Poular) du nom de sa commune de naissance.

Le premier mot d’André Béroujon, de retour en esprit à Poule, est : PRIVILEGE. Le privilège de l’eau. Avec les captages, jamais les Poulons n’ont manqué de ce trésor. Pas besoin d’usine de traitement, d’eau recyclée, d’eau remontée… L’eau abreuvait, naturellement. L’eau donnait sa force et du travail.  Les moulins tournaient. Les voisins paysans y apportaient les noix. J’apprends le mot patois, maton, pour désigner le résidu du broyage, récupéré dans des couffins, bon pour les animaux, mais dont les enfants prélevaient des parts, car ces trets (autre mot pour parler de cet aliment destiné au bétail) avait un sacré bon goût. On cassait le maton au marteau, tant il sortait compact de la presse. Aujourd’hui, les roues sont muettes et inutiles. C’est fou ce que cette image d’inactivité fait couler l’eau de la nostalgie. Les vannes sont ouvertes et le regret s’évade. « Les gens savaient s’adapter à la nature et aux saisons ». Ça voudrait dire qu’on ne sait plus. Qu’on aurait perdu une forme d’indépendance. Les propriétaires de scieries taillaient des échalas pour les vignes, en bois d’acacias (robiniers). Bon pour cet usage. Moulins à scie, moulins à huile, moulins à grains, plus vaches et patates : on avait de quoi s’occuper et la vie des jeunes filaient moins vite vers l’aval, vers l’en-ville. Cependant, tout ne tournait pas aussi régulièrement que les grandes roues en bois. On ferait tort à la mémoire de ne pas parler des batailles pour l’eau. Parce qu’il y avait des prés fournis en sources et d’autres pas. Les prises d’eau, sur les biefs, engendraient des prises de bec. Des tricheurs, on en trouve partout. Des « untels » qui manipulent les vannes et détournent l’irrigation à leur profit, même après en avoir déjà bénéficié. Des chicaneurs qui n’avaient même pas peur du garde-champêtre.

L’hiver 1956, avec sa rudesse impitoyable, a peut-être marqué un tournant dans le mode de vie de la montagne. Tous les noyers ont gelé. La production locale a périclité. Les huileries se sont mises en sommeil. Finies les mondées quand on cassait les noix en communauté, et qu’on accumulait les cerneaux. On mangeait les saucisses, on chantait des chansons (de valet qui « jouait avec la patronne ») et on sifflait des canons.

Fin de narration.

André Béroujon se lève.

– Au fait, comment dit-on « eau » en bambara ?

Ji !

T

THÉ (INSTITUT)

Pourquoi Nadia Bécaud, une des spécialistes de la voie du thé en France, professeur d’art du thé en Chine, traductrice de livres sur le thé, a-t-elle choisi Poule-les-Écharmeaux pour installer son Institut du thé, après avoir mené une vie professionnelle intense entre la Chine et Lyon, l’Inde et le Japon ? La réponse est simple. Nadia Bécaud montre les montagnes anciennes qui entourent la commune, gentiment hautes de 600 à 800 mètres d’altitude ; elles lui rappellent plaisamment l’environnement des « jardins de thé », des lieux de culture chinois. La plante aime prospérer sur des collines douces qui gardent « l’énergie du dragon », animal bénéfique et protecteur. Poule-les-Écharmeaux  jouirait-elle de cette ambiance aimée du dragon qui permet aux cultivateurs de thé de s’estimer privilégiés par rapport aux cultivateurs des rizières ? Nadia Bécaud a retrouvé cette énergie propice à poursuivre, ici, son activité d’initiation et de transmission des savoirs.

Elle bénéficie aussi d’une eau favorable à l’élaboration du thé. L’eau a toujours été reliée au thé. Celle de Poule convient. Les nombreux traités sur le thé répertorient les vertus exigées de l’eau, indispensables au thé. C’est le vénéré maître Luwuh qui, le premier au VIIIe siècle en Chine, a tracé la voie du thé, a défini la meilleure eau pour l’accompagner. Luwuh, en son temps, parcourut la Chine à pied, à cheval, pour goûter à toutes les sources. Il a même établi un classement (Source 1, Source 4…). Mais il aurait déclaré qu’en définitive la meilleure eau pour le thé était celle qui jaillissait de la source la plus proche du champ où il poussait.

Pour la France, Nadia Bécaud élimine d’emblée les eaux du massif alpin, trop chargées en calcaire qui alourdit l’infusion. Les eaux des Pyrénées, en revanche, au PH neutre, peu chargées en minéraux, pourraient être considérées parfaites. Quant à celles d’Auvergne, du Massif central, auxquelles les eaux de Poule seraient agrégées, elles s’avèrent très correctes pour le thé. Mais, ajoute-t-elle, en cas de cérémonie à accomplir, ou de grande dégustation, nous irons puiser à la source du Mont Saint-Rigaud qui, de fait, jouit d’une qualité exceptionnelle, à l’origine de sa réputation méritée.

Dans sa vie professionnelle antérieure, Nadia Bécaud a été initiée en Chine. Elle a rapporté en France connaissances et thés rares. Sa passion pour le thé s’est développée très tôt, à une époque où l’offre pour ce « breuvage » était ridiculement limitée dans notre pays. Faire commerce de thés d’exception lui a permis de découvrir les pays producteurs et les cultures très riches qui placèrent cette plante précieuse au centre de leurs pensées.

D’abord médicament, le thé fut aussi associé aux offrandes adressées aux divinités, participa aux liaisons établies entre l’humain et le céleste. On le réquisitionna en cuisine où il fut utilisé comme légume, sorte d’épinard, sauté au wok. Des centaines de recettes existent pour l’accommoder.  Il fallut donc attendre le VIIIe siècle pour que le thé soit recherché pour son goût, ou plutôt pour la variété de ses goûts, selon les terroirs. C’est bien grâce à maître Luwuh, l’apôtre du thé, qu’il va devenir boisson nationale en Chine, adopté par toutes les classes de la société, de l’empereur aux plus pauvres. C’est cette histoire que Nadia Bécaud va vouloir récolter, sa vie durant, quand le thé fusionne avec le bouddhisme, quand il prend place au centre de systèmes philosophiques, favorise bien être et élévation, tout en restant un trésor de bons goûts, une affaire de « crus ».  Des visiteurs d’Europe, d’Amérique du Sud, et même de Chine et du Japon, viennent à Poule-les-Écharmeaux déguster et s’initier, s’ouvrir, par le thé, à une forme de spiritualité. Poule Internationale. Peu de personnes de la proximité font preuve de curiosité. C’est ainsi, dit Nadia Bécaud, il faut peut-être laissé infuser.

 

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ZONE HUMIDE DES MONNERIES

Voici un site qui redonne de la noblesse à l’idée de « parc d’attraction ». Oubliez les figurines musclées d’un imaginaire frelaté. L’héroïne qui s’exprime ici est tout simplement la Nature à qui on laisse faire son travail. Et c’est à ce spectacle humble et grandiose que la commune de Poule-les-Écharmeaux convie le visiteur. À l’entrée de la zone, après une chicane qui le sépare du monde ordinaire, le marcheur progresse sur un sentier en caillebotis, légèrement surélevé, qui lui donne l’impression d’être un aventurier sur la piste d’une importante enquête. C’est le cas. N’a-t-on pas décidé de laisser ces onze hectares, gorgés d’eau, revenir à un état sauvage, c’est-à-dire de liberté, de  non-exploitation, afin que nous autres, enfants de la civilisation urbaine, puissions observer ce que nous négligeons de regarder : la Nature au naturel, ses combats, ses alliances, ses choix, ses défenses, ses productions végétales, ses complicités animales…

Aujourd’hui, les zones humides sont protégées. Il était temps ! Elles ont failli disparaître tant elles subirent les pires effets de la bétonisation en périphéries urbaines, de la domestication implacable de la nature. D’abord, elles avaient mauvaises réputations. Elles étaient peu aimées des agriculteurs, considérées comme de mauvaises pâtures obligeant à canaliser l’eau, à faucher manuellement les joncs, chardons, orties. On les disait propices au développement de parasites. Les vaches ne s’y sentaient pas à l’aise, à patauger les sabots dans la boue. Bref, à la campagne, on adore les sources fécondes mais surtout quand elles s’épanchent ailleurs que sur son propre terrain.

Et pourtant.

Il faut rétablir la vérité sur les zones humides. Elles jouent un rôle essentiel car elles retiennent l’eau et la relâchent au moment de l’étiage, ou quand la sécheresse sévit. Elles rendent l’eau aux rivières. Cela suffit pour applaudir les zones humides et les considérer d’un autre œil. Servez-vous de cet autre œil favorable, et avancez sur la promenade en lattes de la Zone Humide des Monneries. Faites silence et progressez à pas attentifs. La vie exulte. Après avoir été en herbage, moissonnée, puis plantée d’épicéas et de douglas, exploitée, ensuite abandonnée, soudain valorisée, sauvegardée, élevée au titre de laboratoire de la biodiversité, la zone prend sa revanche.

Ces sols hygromorphes, gorgés d’eau, où pousse une végétation hygrophile, qui affectionne des conditions d’humidité élevée, procurent de délicates surprises. L’aventure n’est pas réservée au seul bayou de Louisiane et à ses labyrinthes de végétaux crochus, on peut rencontrer son esprit à Poule-les-Écharmeaux. Rappelez-vous le film Microcosmos. On pourrait allègrement tourner ici un remake de ce succès populaire. Déjà le vocabulaire d’une zone humide fait rêver. La « libellule déprimée » se complaît sur les eaux stagnantes bien ensoleillées, et la renouée « bistorte » se dresse, tordue, en sentinelle des mares. Vous allez croiser sans doute le cirse des marais, affublé du surnom de « bâton du diable », rangé dans la famille des chardons grêles à têtes pourpres. La reine des prés se comporte en souveraine, se pavane, pure et blanche, sûre de ses effets bénéfiques analgésiques en tisane, car elle appartient à la lignée des spirées agissant dans l’aspirine. Attention : passage de la petite tortue ! Sans carapace, ce joli papillon diurne aux ailes orange à taches noires apparaît dès les premiers beaux jours ensoleillés. Sa chenille se développe sur les orties, ses « plantes hôtes », d’où son nom savant de « Aglais urticae ». Arpentez le patelage, le plancher qui autorise cette percée discrète sous le couvert d’arbres complices dont les noms aiguisent l’imaginaire : l’aulne glutineux ou le bouleau verruqueux. Ne négligez pas la prêle. Ce serait une erreur. Ce membre de la famille des fougères, au délicat feuillage de balayette (on la nomme aussi « herbe à récurer ») est tout simplement une des plus anciennes plantes de notre planète. Respect ! Elle a eu le temps de développer des principes bénéfiques pour la consolidation osseuse chez les humains et des vertus anti cryptogamiques dans les jardins. Vive la prêle ! Attention, d’ici peu, vous allez passer en revue l’armée des joncs, roseaux, scirpes ou carex, les bons soldats des aires d’eau. La buse variable, certainement, vous observe. La couleuvre à collier aussi, cachée. Et le chevreuil, et la demoiselle, parente de la libellule, avec ses ailes bleu intense pour les mâles, bronze doré pour les femelles. Au bout du chemin de caillebotis, vous déboucherez sur un belvédère, vous buterez sur une prairie humide qui remonte jusqu’au Col des Écharmeaux. Cette vaste pâture, traversée d’un étroit ruisseau, est une « formation végétale ouverte », peuplée de plantes hygrophiles, valériane dioïque, cardamine des prés ou cressonnette ou encore lychnis fleur de coucou… Ces deux zones humides, aménagée et à ciel ouvert, sont deux parts complémentaires de cet oasis de vie heureusement retourné à un état sauvage contrôlé. .

Vous pouvez télécharger le précieux document :  A la découverte de la zone humide des Monneries à Poule-les-Écharmeaux  et revenir à intervalle régulier pour surprendre le vigoureux travail des saisons. Bon voyage !